anna 2.0

anna 2.0

 

train pourri pour paris

quinze ans peut-être seize

mon cœur sous le ciel gris

mon cul entre deux chaises

 

tout ça n’existe plus

pernety montparnasse

nos corps à corps perdus

n’ont pas laissé de trace

 

aujourd’hui d’autres gens

s’y croisent en cherchant

l’âme sœur et sans doute

 

certains sont amoureux

je suis navré pour eux

mais ça comme ils s’en foutent

infiltrés

infiltrés

 

nitrates et phosphates

qu’ils sortent l’air hautain

en costume cravate

d’une usine à zinzins

 

ou pour les plus modestes

du cul des intestins

en espérant la sieste

et la fosse à purin

 

nitrates et phosphates

partent à quatre pattes

vers la mer sauront-ils

 

se fondre dans la foule

des algues et des moules

et des poisons d’avril

little lolita

 

little lolita

 

tu marches dans les rues

de ce quartier gluant

avec tes jambes nues

comme la nuit des temps

 

aux cafés des terrasses

les hommes sont assis

oisifs et toi tu passes

oiseau tombé du nid

 

avec tes yeux d’enfance

tes jambes sans défense

et le tas des pourquoi

 

abominables comme

ces images de toi

dans les yeux fous des hommes

la côte d'en bas

la côte d'en bas

 

retrouver cet endroit

au bord de ma mémoire

le chemin est étroit

juste en bas c’est la loire

 

il me semble qu’il faut

prendre garde aux orties

qu’on aperçoit d’en haut

les ruines englouties

 

retourner s’y asseoir

dans la douceur du soir

et de juin qui s’efface

 

laissant tout remonter

les odeurs les audaces

et le goût de l’été

avec l'aide de dieu

avec l'aide de dieu

 

ah la bande de gaza

les entend-on qui gazouillent

les gazaouis des gravats

qu’on écrase et qu’on zigouille

 

et ceux qu’hier on gaza

les entend-on qui gazouillent

expédiés vers jéhovah

la tripaille qui pendouille

 

barbaque à tous les repas

ma foi comme on aime ça

l’occasion est toujours bonne

 

tant pis pour les gazouillis

les gamins morts et tant pis

pour le beau bilan carbone

dans le cloud

dans le cloud

 

j’ai lâché la planète

offert le mauvais temps

et les trous dans ma tête

à la rose des vents

 

je me suis fait nuage

éparpillé cosmos

ne crains plus ni mon âge

ni ma chair ni mes os

 

tout est devenu plume

vos enclos vos enclumes

s’enfoncent dans la nuit

 

et moi léger silence

au bord de l’infini

je danse et m’en balance

 

parus dans le n° 23 (décembre 2024) de la revue LE CAFARD HERETIQUE


aqua ça rime

aqua ça rime

 

l’eau sera là pour le folklore

comme la vielle et les sabots

laissant une senteur de chlore

au ventre froid des lavabos

 

on la verra les jours de fête

poser à l’ombre des volcans

entre une aimable sous-préfète

et le dernier des mohicans

 

puis retournant à son musée

elle attendra désabusée

qu’on lui bâtisse un paradis

 

jugeant de fort mauvais augure

tous les cacas qu’aux temps jadis

on lui crachait à la figure

pipe line

pipe line

 

avril qu’en est-il

des vapeurs d’essence

des prix du baril

et de l’indécence

 

nos fleurs ont l’odeur

des puits de pétrole

pétale à moteur

tout ça n’est pas drôle

 

tant de carburant

pour au demeurant

n’être jamais ivre

 

tant et tant d’ors noirs

dans nos réservoirs

pour aussi peu vivre

persévérance

persévérance

 

sans l’automne et les noix

que valent nos antennes

nos paravents chinois

nos codes par centaines

 

que valent désormais

nos fourbis indexables

sans les émois de mai

sans les châteaux de sable

 

pas tripette et pourtant

nous allons sulfatant

les pays et les bêtes

 

balançant dans les airs

nos pus et nos cancers

pour draguer les planètes

réinvention

réinvention

 

poésie dépressive

poison vapeurs d’opium

j’ai lancé la lessive

avalé mon valium

 

un job à la défense

reconnecté relax

on me dit que j’avance

lexomil et xanax

 

je vends du vent j’exige

numéro de voltige

dans un ciel en béton

 

mon caddie à la caisse

j’avais visé l’ivresse

et j’aurai le flacon

 

parus, ainsi que "infiltrés", dans le n° 1 (décembre 2024) de la revue HESPERIE


état des lieux

état des lieux

 

un peu de crasse et quelques trous

de la poussière au bord des plinthes

voilà ce qu'il reste de nous

et du train-train de nos étreintes

 

planté dans cet appartement

qui sent déjà l'oubli des choses

je goûte au charme ébouriffant

du vide et des métamorphoses

 

c’était la fin d'après-midi

passé l’orage je t'ai dit

nous ne vieillirons pas ensemble

 

aujourd'hui tout m'est étranger

la rue déserte me ressemble

les joints jaunis sont à changer

 

paru dans le n° 47 (octobre 2024) de la revue DISSONANCES


la belle et la bête

la belle et la bête

 

elle avait pour amant

quelque idiot de village

que troublait doublement

son odieux maquillage

 

il jetait sur sa peau

ses deux mains imbéciles

son odeur de troupeau

et sans plus d’ustensiles

 

énorme et furibond

il plongeait au profond

de cette chair humide

 

se régalant au long

de son corps de nylon

et de polyamide

 

paru dans le n° 54 (septembre 2024) du fanzine littéraire BIGORNETTE


lever l'ancre

lever l'ancre

 

et là-bas ton sourire

où mes yeux ne sont pas

la vague et le navire

aller où tu t’en vas

 

pour le cap et l’allure

improviser un peu

aller à l’aventure

au vent de tes cheveux

 

voguer mais vers ton île

lointaine où l’inutile

est l’unité de temps

 

envoyer la grand-voile

et mordre à belles dents

ta peau couleur d’étoile

 

paru dans le n° 4 (juin 2024) de la revue en ligne (et en QR code) 1PPECQ


fausse couche

fausse couche

 

le chant seul des oiseaux

pour fleurir le silence

mon corps entre deux eaux

s’y offrait une enfance

 

tôt ce matin d’été

le ciel était immense

et la sérénité

au bord de l’évidence

 

puis ils sont arrivés

avec leurs yeux crevés

leurs cris et leurs glacières

 

ils ont mis tout à sac

le long sommeil du lac

et mes belles prières

 

paru dans le n° 3 (avril 2024) de la revue en ligne (et en QR code) 1PPECQ


commerce équitable

commerce équitable

 

vendre mon âme au diable

pour une nuit d’amour

une aube impitoyable

la litanie des jours

 

vendre mes père et mère

juste pour le plaisir

de rendre plus amère

leur foi en l’avenir

 

vendre la peau de l’ourse

mon rêve en bout de course

comme un steak à l’étal

 

vendre le peu qui reste

les mots avec les gestes

ce mal qui me fait mal

 

paru dans le n° 30 (avril 2024) de la revue en ligne SQUEEZE


aquarelle

aquarelle

 

l’atmosphère est tranquille

le silence idéal

pas de barque inutile

pas non plus de mistral

 

sur la mer immobile

l’azur horizontal

au loin peut-être une île

un petit point final

 

pas de présence humaine

pas de mât de misaine

un monde minéral

 

où cependant s’obstine

une ombre féminine

en creux - qui me fait mal

 

paru dans le n° 95 (avril 2024) de la revue en ligne LICHEN


viandes froides

viandes froides

 

il me faudra ce soir

après tant d’escapades

approcher dans le noir

cette femme maussade

 

m’inventer un désir

une illusion charnelle

et sans y parvenir

poser mes mains sur elle

 

atteindre au plus obscur

l’hiver entre les murs

de ses lèvres arides

 

et là dans ce grand nord

envoyer à la mort

mes spermatozoïdes

 

paru dans le n° 52 (mars 2024) du fanzine littéraire BIGORNETTE


gueule de bois

gueule de bois

 

c’est un vieil arbre sec

à la fin de l’automne

plus de nid plus de bec

plus d’ombre qui bourdonne

 

sentant le vent venir

comme tant avant elle

il a laissé partir

sa feuille la plus belle

 

et le voilà tout nu

tout seul et tout tordu

aux portes de l’asile

 

encombré de ses bras

blotti dans l’embarras

des êtres inutiles

 

paru dans le n° 2 (février 2024) de la revue en ligne (et en QR code) 1PPECQ


troisième glaciation

troisième glaciation

 

tu dis je vais sortir le chien

ton corps qui rôde m'indiffère

tout est foutu tu le sais bien

on ne pourra plus rien y faire

 

jour après jour les jours s'en vont

avec l'eau sale des vaisselles

toi tu me parles de savons

et moi je rêve de poubelles

 

dans le mensonge de la nuit

nos gestes lents sentent l'ennui

et la besogne machinale

 

où vont les rires des enfants

tout doucement se fait la malle

il n’y a pas de survivants

 

paru dans le n° 92 (janvier 2024) de la revue en ligne LICHEN


 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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